Nouvelles

Le vase oursin antique de Mâcon - par daniel le 21/01/2016 @ 17:43

Le vase-oursin

Pratiques funéraires et superstition gauloise

Un vase en forme de fossile d’oursin découvert à Mâcon

 

Lors des fouilles menées par le Gam en 1980, rue des Cordiers sur le site de la nécropole gallo-romaine, parmi les nombreuses découvertes fut mis au jour un dépôt de quatre vases offrandes en céramique. Ces objets avaient subi l’action du feu, ils avaient donc été déposés sur, ou à proximité d’un bûcher funéraire.

2016_oursin_00.jpg

 

Extrait de la publication sur la fouille de la nécropole des Cordiers (Barthèlemy, Depierre 1990)

 

Ce lot de vases miniatures se composait d’une amphorette, d’un balsamaire. Un troisième vase était un récipient zoomorphe figurant un lion couché. Quant au quatrième récipient, sa forme énigmatique ne fut pas identifiée tout de suite.

 

          2016_oursin_01.jpg          2016_oursin_02.jpg             

Ce vase est en céramique fine élaboré à partir d’une argile kaolinitique. A l’origine, il était recouvert d’un vernis plombifère, ce qui permet de l’attribuer aux ateliers du centre de la Gaule (Vichy ?). D’une hauteur de 8 cm et d’un diamètre de 8,8 cm, il offre une forme globulaire écrasée avec une base concave. La panse est divisée en cinq quartiers qui se rejoignent au sommet. Celui-ci est marqué par un ombilic. Cinq orifices percent la paroi. Quatre sur le dessus, autour de l’ombilic, et un au deux tiers de la panse. Nous ne connaissons pas la fonction exacte de cet objet mais l’usage d’huiles parfumées dans le déroulement du rituel des funérailles est bien documenté pour la période gallo-romaine. Ce dépôt est datable de la deuxième moitié du Ier siècle de notre ère.

           2016_oursin_04.jpg               2016_oursin_03.jpg

                    Le vase vu de dessus.                                           Le vase vu de dessous

Le grand intérêt de ce vase est que sa forme copie en fait la forme d’un test d’oursin, c'est-à-dire le squelette de l’animal débarrassé de ses piquants. La symétrie pentaradiée (5 parties semblables) qu’affecte le vase, qui reproduit celle des oursins ne laisse pas de doute sur la volonté du potier de reproduire le test de cet animal marin. Bien entendu, il n’est pas évident que des potiers du centre de la Gaule aient eu entre les mains des oursins venant de la mer, mais les oursins fossiles ne manquent pas sur le territoire ; d’autant que la découverte de fossiles d’oursins en contexte archéologique est une chose parfaitement attestée (Georges et al. 2014).   

                                    2016_oursin_05.jpg

                                                                  Test d'oursin

http://www.naturabuy.fr/Test-D-Oursin-Vert-Tendre-chasse-trophee-taxidermie-coquillage-mer--item-1356106.html

 

Quel sens doit-on donner à cet objet ?

Il faut sans doute voir ici la volonté d’évoquer au travers de ce vase « l’ovum anginum », l’œuf de serpent. En effet, il semble que les celtes assimilaient les oursins fossiles à un œuf de serpent, objet magique et puissant talisman. Le naturaliste romain Pline l’Ancien en témoigne.

 

Pline l'Ancien, Hist. Nat. XXIX, 52 :

« Il existe en outre une autre espèce d’œuf en grand renom dans les Gaules et dont les Grecs n'ont pas parlé. [En été], des serpents s'entrelacent en grand nombre; avec leur bave et l'écume de leur corps ils façonnent une sorte de boule appelée urinum [cela s'appelle œuf de serpent]. Les druides disent que cette façon d'œuf est projetée en l'air par le sifflement des serpents et qu'il faut la rattraper dans un manteau sans lui laisser toucher la terre; que celui qui s'en est emparé doit s'enfuir à cheval, car les serpents le poursuivent jusqu'à ce qu'il soient arrêtés par l'obstacle d'une rivière; l'épreuve qui fait reconnaître cet oeuf est qu'il flotte contre le courant, même s'il est attaché avec de l'or. De plus, avec cette ingéniosité qu'ils ont à envelopper de mystère leurs mensonges les Mages prétendent qu'il faut les prendre pendant une certaine lune, comme s'il dépendait de la volonté humaine de faire coïncider avec cette lune l'opération des serpents. J'ai du reste vu cet œuf: il était de la grosseur d'une pomme ronde moyenne, et sur sa coque se remarquaient de nombreuses cupules cartilagineuses semblables à celles dont sont munis les bras des poulpes. Les Druides vantent fort son merveilleux pouvoir pour faire gagner des procès et pour faciliter l'accès auprès des souverains, mais c'est une si grande imposture qu'un chevalier romain du pays des Voconciens qui, au cours d'un procès, en portait sur [dans] son sein, fut mis à mort par l'empereur Claude sans aucun autre motif que je sache. Pourtant ces enlacements de serpents et leur union féconde semblent être la raison qui a déterminé les nations étrangères à entourer, en signe de paix, le caducée de l'image de serpents; c'est l'usage en effet que les serpents du caducée n'aient pas de crête » (traduction de Ernout [1962] revue par Le Roux, 1967).

 

Des découvertes de fossiles d’oursin dans des couches archéologiques sont avérées et cette présence est certainement loin d’être anecdotique. A l’heure actuelle le vase de Mâcon est le seul exemple connu de transposition du test d’oursin en objet céramique, ce qui lui confère toute sa valeur. Il vient d’être repris dans une récente publication de Vincent Georges à propose d’un fossile d’oursin retrouvé sur le site celtique de Goincet en Forez (Poncins, dép. Loire).

 

La valeur symbolique qu’attribuaient à cet objet les personnes qui l’ont utilisé dans le rituel funéraire nous échappe. Mais il est notable que l’oursin a une haute valeur mystique chez les Gaulois et qu’il soit présent au sein d’un ensemble de vases offrandes en contexte funéraire plus d’un siècle après la conquête, indique certainement une persistance de la pensée religieuse celte dans la Gaule romanisée.

 

Ce vase est aujourd’hui présenté au musée des Ursulines de Mâcon.

 

Bibliographie

 

Barthèlemy, Depierre 1990 : BARTHELEMY (A.), DEPIERRE (G.). - La nécropole gallo-romaine des Cordiers à Mâcon, 1990, 128 p.

 

Georges et al. 2014 : GEORGES ‚V.), PHILIPPE (M.), BARTHELEMY (D.). – Un oursin fossile sur le site fossile de Goincet en Forez (Poncins, dép. Loire), et la perspective de l’ovum anguinum, Archäologishes Korrespondenzblatt, jarhgang 44, 2014, Heft 4, pp. 525-541.      

 


Recherche



Calendrier

Mardi 18 Sept. 2018

Agenda pour les 200 prochains jours


Aucun évènement

Archives

Webmaster - Infos

Haut